Adolescentes et sport : le grand décrochage
L’UGC de Strasbourg accueillait ce midi une table-ronde consacrée à l’abandon du sport par les adolescentes. L’AS Musau y participait.
« C’est un sujet davantage social que sportif », précisait d’emblée Christelle Sturtz Froehlicher, Adjointe à la Maire de Strasbourg en charge du sport-santé, en introduction de cette rencontre qui s’inscrit dans le mois Septembre bouge.
« 49% des adolescentes arrêtent le sport avant leurs 15 ans. C’est six fois plus que pour les garçons ! alerte d’emblée Clotilde Truffaut, Déléguée nationale de la MGEN, la mutuelle santé du groupe VYV, qui a réalisé « l’étude « Adolescentes & Sport : le grand décrochage ».Une grande majorité d’entre elles disent qu’elles arrêtent le sport contre leur volonté. C’est un problème de société. Mais s’il existe des obstacles en série, le potentiel de retour est énorme si nous agissons », conclut-elle avant d’annoncer le lancement d’une nouvelle enquête à destination des encadrant.e.s.
61% des adolescentes auraient aimé pouvoir discuter avec des encadrantes féminines des spécificités de leur corps, de gestes déplacés ou d’une pression trop grande orientée compétition. Une autre raison est le manque de clubs de proximité accueillant des féminines.
« L’arrêt du sport des adolescentes est un futur problème potentiel d’isolement et d’obésité », confirme Amélie OUDÉA-CASTÉRA, ancienne Ministre des sports et actuelle présidente du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF).
L’UNESCO rappelle que parmi le sport est l’un des trois moyens de réduire les inégalités hommes-femmes.
Pour Amélie Oudéa-Castéra, « il faut recréer des environnements bienveillants et de confiance où les filles peuvent jouer entre elles à l’adolescence. Mais dès le plus jeune âge, elles doivent pouvoir jouer en mixité. Mais il y a aussi la qualité et la propreté des vestiaires et les collectivités doivent investir fortement. »
L’ancienne ministre des sports propose également aux clubs de recontacter les adolescentes qui abandonnent le sport pour leur proposer des solutions alternatives, comme le fit-foot par exemple. Bref, il faudrait remettre au goût du jour les loisirs avant la compétition. « Le sport est un enjeu de santé physique et mentale », insiste Clotilde Truffaut.
Vincent ROGER est Délégué ministériel en charge du sport-santé. Il rappelle aux participants le rôle de l’école et des parents qui doivent encourager et faciliter la pratique de leurs enfants. « Il y a des dispositifs au sein au sein du monde scolaire et notamment en primaire et au collège pour encourager la pratique sportive quotidienne des adolescents. « Mais soyons honnête, nous estimons entre 30 et 50 % des élèves qui pratiquent le sport quotidiennement à l’école, or notre ambition est d’arriver à 100 %. »
Un second axe consiste à sensibiliser l’opinion pour pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. « Le dispositif Signal Sport est un dispositif remarquable pour remonter les alertes et favoriser le dialogue, explique Vincent Roger. Le troisième axe concerne l’adaptation des équipements. « On met aujourd’hui en place des équipements de proximité avec à l’esprit la volonté de développer la pratique féminine. Alors ça par des choses totalement simples. Premièrement, on les installe dans des lieux de flux, c’est-à-dire de passage. On les met en place dans des lieux lumineux, éclairés, bien évidemment éclairer la nuit. On rénove les sanitaires et les vestiaires avec une logique de permettre qu’il y ait des vestiaires filles et des vestiaires garçons, des vestiaires mineurs et des vestiaires majeurs. Par exemple sur tout ce qui est appareillage de fitness, on vérifie la hauteur, on vérifie la force de ces appareils pour justement que la pratique féminine soit possible pour le plus grand nombre. »
Vincent Roger cite le cas des City-Stades. « On a remarqué que ces City stades étaient souvent la propriété des garçons pour jouer au foot. On envoie des éducateurs pour dire aux garçons que le foot est aussi un sport de filles. Tout cela change progressivement les mentalités, mais c’est un combat de longue haleine. »
« Malgré les problèmes évoqués, la France est au-dessus de la moyenne des autres pays européens, précise Stanislas Frossard, Secrétaire exécutif de l’Accord partiel élargi sur le sport (APES) du Conseil de l’Europe. On l’observe notamment en termes de participation des jeunes filles et des enfants dans les structures sportives. Néanmoins, le décrochage touche plusieurs moments-clés qui présentent des risques dans la vie des femmes et des filles. La maternité, la reprise de la pratique sportive après la maternité, la ménopause, etc. C’est un phénomène qui s’observe dans l’ensemble des pays européens avec des nuances importantes. »
Amélie Oudéa-Castérat encourage « la formation des éducateurs à la compréhension des spécificités du corps féminin, mais également l’adaptation des équipements des clubs de sports pour proposer par exemple des armoires contenant des serviettes hygiéniques et autres matériels adaptés aux adolescentes. » La présidente du CNOSF insiste enfin sur la dimension citoyenne du sport et la nécessaire lutte contre les violences sexuelles et sexistes.
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