Favoriser l’inclusion des réfugiés grâce au football
Samedi 23 mai 2026, l’AS Musau, l’association Kabubu, Sport & Citoyenneté et la Ligue du Grand Est de Football organisaient une « Journée Football et Réfugiés » pour favoriser l’inclusion par le sport des personnes déplacées (migrants, demandeurs d’asiles, réfugiés).
Ce samedi 23 mai marquait un nouveau temps fort de notre partenariat avec Kabubu, après le tournoi « Un but pour tous » organisé par trois étudiants qui avait réuni une centaine de migrants et de bénévoles du club.
23 mai 2026 : une journée Football & Réfugiés à l’AS Musau
Cette journée « Football et Réfugiés » s’inscrit dans le Plan d’Engagement Sociétal de la Fédération Française de Football, en partenariat avec les associations Kabubu et Sport et Citoyenneté, qui vise à accompagner les clubs de football amateurs dans leur projet d’accueil et d’inclusion des personnes déplacées. Ce programme « Ensemble sur le terrain » est déployé par les associations Kabubu et Sport et Citoyenneté, avec le concours de la Ligue du Grand Est de Football.
Des temps d’échange le matin, un repas en commun, un tournoi l’après-midi, cette journée a permis de mettre en lumière les enjeux et les avantages de l’insertion par le sport, mais aussi les difficultés rencontrées par les personnes déplacées, à l’instar du témoignage d’Ahmad Al Hanini interviewé par Luc Dreosto pour ICI Alsace pour annoncer l’événement.
Ahmad était journaliste en Syrie. Il a été blessé au poignet par un missile. Ça fait trois ans qu’il habite en Alsace et il vient de réussir ses examens pour arbitrer au niveau district pour l’AS Musau.
Une expérience accompagnée par Kabubu qui a favorisé son intégration.
« Je suis trop fier parce que c’est ma première expérience dans le domaine de l’arbitrage, raconte dans un excellent français celui qui est en train de finir ses études à la fac de Strasbourg (DEUST Activités physiques et sportives adaptées). Ce n’était pas facile, il y a beaucoup de stress, de pression et il faut prendre des décisions rapidement. Mais c’était une belle expérience parce que l’arbitrage crée des liens et on rencontre plein de personnes. On était 50 arbitres à la formation. C’était très important pour l’intégration, parce que ça crée des liens sociaux et l’ambiance était conviviale. Peut-être que ça va m’aider à trouver un travail dans ce domaine du sport. »
Le football comme levier d’inclusion pour les personnes réfugiées
La table-ronde organisée le matin a réuni des acteurs du football amateur, des associations d’inclusion comme Kabubu et Sport & Citoyenneté, des clubs locaux tels que l’AS Musau et le SR Hoenheim, ainsi que des institutions comme la Ligue du Grand Est de Football, la Ville de Strasbourg et l’Etat à travers le SDJES du Bas-Rhin (Service départemental à la jeunesse, à l’engagement et aux sports).
Animée Sylvain Landa, cette matinée visait à explorer comment le football peut servir de levier pour favoriser l’inclusion des personnes réfugiées ou déplacées, en partageant des retours d’expérience, des défis rencontrés et des solutions concrètes.
L’AS Musau : un club historique et engagé
L’engagement des clubs et associations : des actions concrètes sur le terrain Olivier Flick (Président de l’AS Musau) a présenté son club. Réputé club familial, l’AS Musau, club compte 470 membres et il est situé dans le quartier prioritaire de Neudorf-Musau à Strasbourg.
Depuis l’an dernier, le club s’est fortement impliqué dans l’accueil des réfugiés. Il met à disposition ses installations pour des séances de football hebdomadaires réservées aux réfugiés, comme les dimanches soir. Il organise également des tournois,
comme ceux des 1er et 8 mai 2026, qui ont réuni 80 réfugiés et une vingtaine de bénévoles. Mais le club va plus loin, en intégrant certains réfugiés comme arbitres, à l’image d’Ahmad, formé grâce à un partenariat avec Kabubu. L’AS Musau collabore aussi avec des acteurs sociaux tels que France Travail, L’Atelier (École de la 2e Chance) ou la Mission Locale. Pour Olivier, l’enjeu est de créer du lien : « On essaie de faire plus que leur offrir un terrain. Certains sont devenus arbitres, d’autres s’impliquent dans la vie du club. » Le club sensibilise également ses jeunes licenciés à des valeurs comme la citoyenneté, la mixité et la lutte contre les discriminations.
Kabubu : le sport comme outil d’inclusion
Responsable de Kabubu Strasbourg, Louise Fayolle a présenté son association qui facilite l’accès au sport, notamment au football, pour les personnes déplacées, via des activités gratuites et inclusives. À Strasbourg, Kabubu propose des créneaux de football hebdomadaires pour une trentaine de personnes, en partenariat avec l’AS Musau. L’association forme également des réfugiés à l’arbitrage, comme Ahmad, aujourd’hui arbitre officiel de la Musau. Elle mène aussi des actions de sensibilisation, comme « La Fresque de la Migration », pour éduquer les clubs et le grand public aux enjeux migratoires. Kabubu cible des publics variés : mineurs non accompagnés (MNA), demandeurs d’asile, ou encore des femmes éloignées du sport via son programme Potenti’elles. Cependant, l’association rencontre des défis majeurs. L’instabilité administrative, comme les changements de logement ou de statut, peut interrompre les parcours. Un arbitre formé récemment avec l’AS Musau a, par exemple, dû partir du jour au lendemain en Champagne-Ardenne. La barrière financière, avec le coût des licences, reste également un obstacle pour les publics précaires. Pour Louise, « le sport permet de briser les barrières de la langue et de créer du lien social. »
Hoenheim : un club inclusif malgré les contraintes
Le club de Hoenheim, situé en périphérie de Strasbourg, compte 450 licenciés et se caractérise par une grande diversité sociale et économique. Pour faciliter l’accueil des réfugiés, le club a réduit le coût de la licence à 100 €, incluant l’équipement. Le club a ainsi pu intégrer des jeunes réfugiés dans ses équipes U18 et seniors, avec un effet « famille » au sein des groupes. Pour contourner les barrières linguistiques, le club privilégie les appels téléphoniques plutôt que les messages écrits. « Ils fonctionnent comme une famille. Un joueur qui parle bien français aide les autres à s’intégrer », précise Julien Schultis, entraîneur du club. Cependant, le club fait face à des défis logistiques, comme le manque de terrains disponibles, la mairie limitant l’accès hors compétition. Il rencontre aussi des difficultés administratives, notamment pour les demandeurs d’asile dont le statut n’est pas encore validé, ce qui empêche le paiement des licences.
Le sport comme tremplin
Ahmad Al Hanini : de la Syrie à l’arbitrage en Alsace
La matinée a été l’occasion de donner la parole aux principaux intéressés, comme Ahmad, El Hanini.
Il a aujourd’hui 28 ans, est arrivé en France en 2023 sans parler français. Il était journaliste et éducateur sportif en Syrie, et il a découvert Kabubu à Strasbourg. « J’ai participé à plusieurs séances de sport avant de suivre une formation d’arbitre en
décembre 2025. » Aujourd’hui, il est arbitre officiel, étudiant en STAPS à Strasbourg, et stagiaire chez Kabubu. « Le football, on n’a pas besoin de parler pour jouer. Ça brise les
barrières. » Le sport lui a permis de créer du lien social, d’améliorer son français et d’accéder à des formations et à l’université.
Le Centre Bernanos : créer un club pour les jeunes non reconnus
Le Centre Bernanos accueille des mineurs non accompagnés (MNA) non reconnus comme tels par l’État. Pour offrir une identité et une visibilité à ces jeunes, l’association a créé le FC Bernanos, avec un maillot bleu orné de la Cathédrale de Strasbourg. Cependant, le projet se heurte à des obstacles. Les règles de la FIFA empêchent l’obtention de licences pour ces
jeunes. La recherche de terrains pour s’entraîner est également difficile. Pour Éloi Peter, du Centre Bernanos, « porter un maillot, c’est dire : j’existe, je suis comme les autres. »
Freins et solutions : les défis à lever
Les participants du matin ont identifié plusieurs types de freins à l’inclusion des réfugiés par le football.
Les obstacles administratifs sont ainsi nombreux, avec des licences bloquées pour les mineurs non accompagnés en raison des règles de la FIFA, ou des documents manquants pour les demandeurs d’asile. Les clubs et associations doivent souvent faire face à des difficultés financières, le coût des licences (entre 100 et 200 €) représentant un obstacle majeur pour des publics sans revenus. Sur le plan logistique, le manque de terrains et de créneaux disponibles limite les possibilités d’accueil. La barrière linguistique complique également les démarches administratives, comme l’inscription ou la communication avec les licenciés. Enfin, l’instabilité des situations administratives ou de logement peut interrompre brutalement les parcours d’intégration.
Pour lever ces freins, plusieurs solutions ont été évoquées. La Fédération Française de Football travaille ainsi à assouplir les règles pour les mineurs scolarisés, avec une décision attendue en 2026. Un guide pratique est en cours de finalisation par le Ministère des Sports (SDJES 67) pour aider les clubs à accueillir des étrangers.
Côté financement, plusieurs appels à projets sont disponibles. Le SDJES propose un appel à projets Sport, Mixité, Citoyenneté et Lutte contre les Violences, tandis que le programme Service Civique Volont’R permet d’accueillir des binômes français-étrangers, avec des cours de langue inclus. Des subventions sont également proposées par l’Agence Nationale du Sport et les Trophées Philippe Seguin, qui récompensent les clubs inclusifs.
Le réseautage est également une piste privilégiée. Des journées comme celle-ci permettent de mettre en relation clubs, associations et acteurs sociaux. La plateforme Refugies.info intégrera bientôt un volet « sport » pour orienter les publics vers les structures adaptées.
Enfin, des innovations locales voient le jour. Certains clubs proposent des licences à points, où le coût diminue en fonction de l’engagement bénévole. Kabubu propose aussi des séances sans licence pour les publics en attente de régularisation.
Le rôle des institutions
Roland Mehn, de la Ligue du Grand Est de Football, reconnaît les difficultés rencontrées, notamment pour les mineurs non accompagnés, mais souligne que la Ligue dépend des règles de la FIFA. La Ligue accompagne toutefois les clubs via des référents dédiés et plaide pour une harmonisation des pratiques au niveau national.
Julie Mulot, Adjointe de quartier de la Ville de Strasbourg, souligne l’engagement de la Ville en faveur de l’inclusion par le sport. « La Ville apporte un soutien logistique en mettant à disposition des terrains, même si les infrastructures sont saturées. Elle utilise également le football comme outil de sensibilisation et de création de lien avec les jeunes des quartiers,
comme à Ampère, où elle a partagé un moment de jeu avec les habitants. Enfin, la Ville encourage des projets innovants, comme les licences à points, pour valoriser le bénévolat. »
Michael Lustig, du SSDJES 67, a présenté plusieurs dispositifs pour soutenir l’inclusion par le sport. Le SDJES lance des appels à projets dédiés, comme Sport, Mixité, Citoyenneté et
Lutte contre les Violences. Le programme Volont’R permet d’accueillir des jeunes étrangers en service civique, avec un accompagnement renforcé (cours de langue, accès aux droits). Un guide associatif est également en cours de finalisation pour clarifier les droits des étrangers dans les clubs (adhérent, licencié, éducateur).
« Le football ne résout pas tous les problèmes, mais il est un outil puissant pour créer du lien, briser les barrières et redonner de l’espoir. À nous de lever les freins pour en faire un levier d’inclusion à part entière. » Sylvain Landa, Sport et Citoyenneté
Cette table-ronde a assurément favorisé des échanges riches entre clubs, associations et institutions. Des solutions concrètes ont été partagées, comme des outils (guides, plateformes), des financements, et une mise en réseau des acteurs. Le football est apparu comme un levier puissant de lien social, d’intégration et de reconstruction pour les réfugiés.
Pour pérenniser ces dynamiques, il sera essentiel de renforcer les partenariats entre Kabubu, les clubs comme l’AS Musau ou Hoenheim, et les acteurs sociaux. Il faudra également amplifier les dispositifs existants, en développant les formations inclusives, comme celles proposées par Terrain d’Avenir, ou en étendant les appels à projets pour toucher plus de clubs. Enfin, un travail de plaidoyer devra être mené pour simplifier les règles FIFA et FFF, notamment pour les mineurs non accompagnés. Une sensibilisation des mairies à l’ouverture des terrains sera également nécessaire pour lever les freins logistiques.
Alors, c’était comment ?
Louise Fayolle (Responsable Kabubu Strasbourg). « L’événement « Football et Réfugiés » a été une journée sous les couleurs de la coopération, de connexions entre partenaires institutionnels et opérationnels de l’inclusion, mais surtout du sport comme espace de rencontres et de création de liens humains ! Cette journée a mis en avant le rôle fédérateur du club de l’AS Musau qui, grâce à l’engagement et de ses bénévoles, offre de multiples opportunités de rencontres humaines autour du ballon rond.
Je nous félicite de cette belle journée sous les valeurs de l’inclusion, de la solidarité et de la rencontre ! J’ai hâte de construire les projets à venir ! »
Julie Mulot (Ajointe au Maire de Strasbourg). « Je tenais à saluer sincèrement l’initiative portée par l’AS Musau en partenariat avec Kabubu à laquelle j’ai participé samedi 23 mai. Dans un contexte où les questions d’exil, d’accueil et de cohésion sociale sont souvent réduites à des débats abstraits, cette matinée a montré une réalité beaucoup plus simple et essentielle : le sport crée du lien là où les frontières, les parcours de vie et les différences pourraient éloigner. Nous sommes tous égaux sur un terrain.
Cette matinée m’a rappelée à quel point le football peut être un formidable outil d’inclusion, de dignité et de reconstruction. Le socio-sport a démontré toute sa force : offrir des espaces où chacun peut être accueilli, reconnu et considéré pleinement. Ce sont des initiatives comme celle-ci qui donnent un sens concret aux valeurs de solidarité et d’humanité que nous souhaitons défendre.
Bravo à toutes les personnes mobilisées qui ont rendu cette journée possible : Bernard, Estelle, Olivier, Ahmad de l’AS Musau, Louise de Kabubu, Sylvain de Sport1Citoyenneté, Eloi du Centre Bernanos qui accompagne des mineurs isolés, Julien de Hoenhein… tous les bénévoles et tous les joueurs et les joueuses !
Estelle Moutinho (AS Musau)
J’ai vraiment apprécié accueillir cette belle journée. C’est toujours un plaisir de recevoir des structures engagées comme Sport & Citoyenneté, Kabubu, ainsi que tous les intervenants ayant participé à la table ronde du samedi matin.
Ces moments sont particulièrement enrichissants, car ils permettent d’échanger avec d’autres clubs, la Ligue, différentes structures, mais aussi avec les élus de la Ville. Cela crée de vraies opportunités de partage autour du sport et de ses valeurs.
Organiser un événement sportif comme celui-ci est vraiment plaisant. Malgré la forte chaleur, le tournoi s’est très bien déroulé. Nous avons reçu de nombreux retours très positifs, aussi bien sur l’ambiance que sur l’organisation, ce qui fait vraiment plaisir.
Nous avions suffisamment de bénévoles mobilisés et beaucoup de participants de la Musau ont apprécié jouer, échanger et partager ce moment avec les autres. L’ambiance était vraiment excellente tout au long de la journée !
A la Musau, mais aussi à Lyon et à Clairefontaine !
Deux autres Journées Football et Réfugiés auront lieu en France prochainement : samedi 30 mai au siège de la Ligue Auvergne Rhône Alpes de Football à Lyon et vendredi 19 juin au Centre de la FFF à Clairefontaine.
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