05/07/2026

L’Histoire mondiale du foot féminin en 9 dates-clés

Plongée dans les archives du foot féminin et de l’AS Musau pour retenir 9 dates-clés

Le football ne s’est pas féminisé avec le temps. Depuis la création de ce sport au milieu du XIXe siècle, les femmes ont toujours joué au football. Mais il faut bien avouer que le foot pratiqué au féminin a alterné entre périodes fastes et mitigées… Son développement suit le rythme des luttes pour l’égalité et l’émancipation des femmes.

L’Histoire du foot féminin commencé en 1881…

Retenez bien la date du 9 mai 1881 : c’est en Angleterre, patrie pionnière, que débute l’épopée footballistique féminine. Même si les choses ne se sont pas totalement passées comme prévu. A la suite du premier match opposant deux équipes féminines, les journalistes de l’époque ont plus vanté les tenues des joueuses que leur jeu. Et lors de la rencontre suivante, des débordements ont poussé les joueuses à se réfugier dans un omnibus. La suite est racontée dans le « Dunferlime Journal » le lendemain : des supporters ont envahi le terrain et « la foule a commencé à détruire les poteaux et à les jeter contre le véhicule en mouvement. S’il n’y avait pas eu de policiers, (les joueuses) auraient pu être blessées ». Les pionnières gardent donc un goût amer de ce premier match.

La violence verbale à l’encontre des footballeuses se transforme d’ailleurs rapidement en violence physique. Quelques jours après le match du 9 mai 1881, une nouvelle rencontre à Glasgow entre l’Ecosse et l’Angleterre est interrompue à cause de l’envahissement du terrain par les spectateurs masculins. Les joueuses se réfugient dans un omnibus, sur lequel les spectateurs jettent les poteaux de buts qu’ils viennent d’arracher. Le 20 juin, on tente de rejouer le match à Manchester, mais de nouveaux débordements ont lieu. Le Manchester Guardian dénonce ces femmes « aux accoutrements aussi disgracieux que malvenus ». L’organisatrice de ces matchs, la militante suffragette écossaise Helen Matthews (qui se fait appeler Mrs Graham pour protéger sa véritable identité) et ses coéquipières jettent l’éponge.

Une telle virulence masculine peut s’expliquer par le contexte de l’époque. Dans les années 1880, le féminisme britannique est en pleine ébullition. Les hommes commencent à s’inquiéter des premières remises en cause de la domination masculine, qui réduit notamment le corps des femmes à un simple outil de reproduction. De ce point de vue, la pratique féminine du football pose deux problèmes. Jugée indécente (des femmes en short, pensez donc !), elle est également perçue comme dangereuse « pour les organes reproducteurs et la poitrine en raison des secousses brutales, des torsions et des coups inhérents au jeu », comme l’écrit le British Medical Journal en décembre 1884. La revue n’hésite d’ailleurs pas à recommander que les femmes soient bannies de ce sport. Et puis, après tout, les femmes ont-elles vraiment besoin de jouer au foot ? Pour Robert Miles, joueur de cricket connu à Oxford, « la maternité, c’est aussi un sport, le vrai sport de la femme ».

Autre problème pour ces messieurs : les premières femmes qui le pratiquent développent un discours égalitariste qui dépasse largement le ballon rond. Nettie Honeyball (de son vrai nom Mary Hutson), créatrice du premier club de football féminin de l’histoire en 1894 (le British Ladies’ Football Club) déclare ainsi : « J’ai fondé l’association l’an dernier avec la ferme résolution de prouver au monde que les femmes ne sont pas les créatures “ornementales” et “inutiles” que les hommes imaginent. (…) J’attends avec impatience le temps où les femmes seront présentes au Parlement pour faire entendre leur voix dans les affaires qui les concernent. »

La footballeuse devra attendre 1919 et l’élection à la Chambre des communes de Nancy Astor pour que son espoir se réalise. Le foot féminin, lui, connaît une seconde phase de succès beaucoup plus rapide. Dès le 23 mars 1895, un match opposant une équipe du nord de l’Angleterre et une autre du sud rassemble 10 000 spectateurs. Mais en 1902, la fédération anglaise de football interdit à tous ses joueurs d’affronter des femmes… L’année d’après, le British Ladies’ Football Club ferme ses portes : c’est la fin de la seconde aventure des pionnières.

Comme dans d’autres domaines, il faut attendre le déclenchement de la Première Guerre mondiale pour voir les femmes revenir sur le devant de la scène footballistique. Au cœur de la guerre, 700 000 femmes sont engagées dans les usines anglaises pour fabriquer des munitions. Ces « munitionnettes », encadrées par des patrons d’usine paternalistes, créent 150 équipes de football entre 1915 et 1918. Le football féminin devient un moyen de « renforcer l’image sociale d’ouvrières s’adonnant à un sport national sain et fortifiant », écrit Mickaël Correia. Le Premier Ministre britannique de l’époque, David Lloyd George, parle même de « vaillantes héroïnes ». D’autant que les matchs qu’elles jouent sont souvent l’occasion de récolter des dons pour financer les hôpitaux de guerre. En 1918, 750 000 ouvrières anglaises ont une licence de foot ! Un bon moyen de souder ces ouvrières et de récolter par la même occasion des fonds  pour les hôpitaux et autres œuvres caritatives. Le football féminin prend enfin son envol et finit par faire des émules jusqu’en France.

En 1917, le premier match qui se joue dans l’Hexagone opposent deux équipes du Fémina Sport, club parisien multisport féminin fondé en 1912 et encore en activité. Puis des rencontres s’étendent  à travers tout le territoire et outre-Manche également.

En 1920, les « Dick, Kerr Ladies » affrontaient les « St. Helen’s Ladies » au stade de Goodison Park à Liverpool devant 53 000 personnes !

En Angleterre plus encore qu’en France, le succès médiatique du foot féminin agace en tout cas rapidement les autorités footballistiques. Après avoir été arrêté pendant la guerre, le championnat masculin reprend ses droits en 1919.

A sa création cette même année 1919, la Fédération Française de Football refuse formellement l’entrée des femmes. Sans attendre, la Fédération des sociétés féminines sportives de France crée alors le championnat de France de football féminin.

En 1920, 25 000 spectateurs assistent à Deepdale, dans le Nord-Ouest de l’Angleterre, à la première rencontre internationale féminine entre l’équipe de Preston et les meilleures joueuses françaises qui s’inclinent 0-2.

Pourtant, en 1921, la Fédération anglaise de football interdit aux clubs de prêter leur terrain aux équipes féminines. « Le football n’est pas adapté aux femmes et ne devrait jamais être encouragé », assurent ses responsables. Les acteurs du foot leur emboîtent le pas : l’entraîneur de l’équipe d’Arsenal, Albert Leslie Knighton, assure qu’on ne peut laisser les femmes jouer à cause des coups qu’elles recevraient en jouant, « leurs devoirs futurs en tant que mères seraient grandement compromis ». En France aussi, les années 30 marquent la fin officielle de la pratique en France, car elle est jugée pour certains comme intolérable voire dangereuse pour les femmes. « Le retour à l’ordre patriarcal auquel aspirent les hommes passe par un retour à l’ordre footballistique », analyse Michaël Correia, pour qui « le message politique envoyé par les autorités politiques est clair : les stades de football doivent demeurer un temple de la masculinité et les femmes sont tenues de se consacrer à la régénération de la nation », poursuit-il.

Les années 1960 marquent une période charnière pour le football féminin en France. Deux régions, l’Alsace et la région rémoise, deviennent des foyers essentiels où cette pratique refait surface. Le Stade de Reims, fort de sa popularité grâce à son équipe masculine, joue un rôle majeur dans la diffusion du football féminin.

En 1970, la Fédération internationale et européenne de football féminin (FIEFF) organise une Coupe du Monde féminine de football. C’est la première compétition mondiale en Italie  féminine de football. Le Danemark s’impose aux dépens du pays hôte (2-0). Elle n’est toutefois pas reconnue par la Fédération internationale de football association (FIFA) et n’a donc jamais été homologuée.

Ce n’est qu’en 1991, vingt ans plus tard, que la FIFA organise en Chine la première Coupe du Monde féminine officielle. Elle est remportée par les États-Unis qui battent la Norvège en finale (2-1).

En 2019, pour la première fois de son histoire, la France organise la Coupe du Monde féminine dans neuf villes. Plus d’un million de spectateurs ont assisté aux 52 rencontres du tournoi. Le quart de finale des Bleues, face aux États-Unis (1-2), est l’occasion d’établir un nouveau record d’affluence avec 45 595 spectateurs.

De 2000 à 200 191 licenciées  

Plusieurs étapes ont permis à la discipline de se développer, comme l’instauration du Championnat de France en 1974, la mise en place des compétitions européennes (Championnat d’Europe à partir de 1984) et internationale (Coupe du monde féminine lancée officiellement en 1991), la structuration des clubs français (ASJ Soyaux, VGA Saint-Maur, FCF Juvisy, FC Lyon…) et l’investissement conséquent de certains d’entre eux (Montpellier, Olympique Lyonnais, Paris Saint-Germain…).

Le plan de féminisation lancé en 2012, sous l’impulsion du Président de la FFF Noël Le Graët, confié à Brigitte Henriques, alors Secrétaire Générale aujourd’hui Vice-Présidente déléguée, a, lui, été décisif ces dernières années. Il a permis de rendre la pratique accessible sur l’ensemble du territoire et de favoriser la progression des femmes dans l’ensemble des familles du football (joueuses, éducatrices, arbitres, dirigeantes).

Avec le futsal féminin, la dynamique de la FFF passe à la vitesse supérieure, comme l’expliquait récemment Philippe Diallo, Président de la FFF, à l’AS Musau. « Nous avons mis en place des moyens inédits pour développer le futsal, à raison de 8, 9 et 10 millions d’euros par saison dans les trois prochaines années. Cet engagement inédit va aussi et surtout structurer les championnats. À terme, nous envisageons aussi la création d’un deuxième pôle de formation. Nous comptons également une équipe de France qui brille avec récemment deux demi-finales au Mondial, puis à l’Euro. Nous avons aujourd’hui un futsal qu’on souhaite extrêmement dynamique, ouvert aux femmes avec la création d’une Equipe de France et la mise en place de championnats nationaux féminins. C’est donc vraiment un secteur en ébullition. » Lire la suite

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Elle est accroupie en bas à droite, la reconnaîtrez-vous ?*

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Découvrez ce film documentaire de 52 minutes qui agit comme un plaidoyer de la femme en érigeant la quête de sa liberté jusqu’à l’obtention de la reconnaissance du football féminin en France. Selon les mots de Camille Abily, championne d’Europe et star de l’olympique Lyonnais, ce «vrai sport de gonzesses» sera dévoilé par des portraits croisés d’amatrices du ballon rond, d’acharnées de sport-études et de championnes de l’OL. La réalisation du journaliste, Farid Haroud démontre qu’à force de persévérance et de passion, les clichés défavorables à l’image de la femme tombent.

 

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